Négocier avec Trump : l’expérience mexicaine
Depuis des semaines, le Mexique et le Canada font face à un même défi : l’allié américain menace de fortement taxer leurs produits. Les deux pays n’ont cependant pas adopté la même approche ni le même ton pour y répondre. L’expérience mexicaine pourrait-elle profiter aux Canadiens? Discussion avec Larry Ruben, un Américano-Mexicain qui a ses entrées à la Maison-Blanche. Nous l’avons rencontré dans la capitale mexicaine. YANIK DUMONT-BARON - Vous représentez l’American Society of Mexico, une association de citoyens américains, et vous représentez aussi le Parti républicain au Mexique. Qu’est-ce qui vous occupe le plus ces jours-ci? Larry Ruben - La question la plus importante et la plus fréquente que l’on entend concerne les tarifs douaniers et l’évolution de notre relation bilatérale. Or, il ne faut pas penser que des tarifs seront automatiquement établis entre nos deux pays. Les deux grandes préoccupations du président Trump sont l'immigration et le fentanyl. Tant qu'il y aura une coopération sur ces deux fronts, nous sommes convaincus que les tarifs ne seront pas placés sur les exportations mexicaines. YDB - Est-ce qu’on peut dire que vous devez en quelque sorte LR - Absolument. En fin de compte, il faut comprendre que Donald Trump est avant tout un homme d'affaires, et qu'il l'a été toute sa vie. C'est ainsi qu'il mène sa politique, ce qui est très différent de ce à quoi tout le monde est habitué. J’aide les gens à comprendre que c’est ainsi que la relation fonctionnera sous cette administration. YDB - Parlons de cette menace de droits de douane de 25 % qui seraient imposés sur toutes les marchandises. Cela a été perçu au Canada comme une façon étrange de traiter un allié des États-Unis. Entendez-vous le même commentaire ici au Mexique? LR - Absolument. Mais enlevez l'émotion et regardez les choses comme le ferait un homme d'affaires. Est-ce que cela a un sens? Quel est l'objectif ultime? Ce que le président Trump essaie d'accomplir avec le Mexique, c'est une collaboration totale sur les deux fronts, qui sont les priorités des Américains, à savoir l'immigration et le fentanyl. Et il faut aussi comprendre que la relation est asymétrique. La relation entre le Mexique et les États-Unis ne sera jamais d’égal à égal. Ni avec le Canada, ni avec le Mexique, ni avec la Russie, ni avec la Chine. Les États-Unis sont le plus grand marché du monde. C'est le pays le plus puissant du monde. J'essaie d'aider les gens à comprendre que, malheureusement ou heureusement, les États-Unis ont le plus grand poids dans les discussions. YDB - Cette logique de négociation s’applique-t-elle de la même façon avec les droits de douane sur l'acier et l'aluminium? Dans ce cas, la Maison-Blanche semble vraiment vouloir protéger des secteurs précis de l’économie américaine. LR - Oui. Une grande partie de ce problème est liée au jeu que la Chine joue au Mexique. Le Mexique accueille de nombreuses entreprises d'Amérique du Sud contrôlées par des Chinois. Elles œuvrent dans toutes sortes de secteurs, dont les métaux. Elles viennent au Mexique en tant qu'entreprises chiliennes, colombiennes ou argentines, mais elles sont en réalité soutenues par le gouvernement chinois. Et elles profitent ainsi de l’accord de libre-échange entre nos trois pays (ACEUM) d'une manière qui n'était pas prévue. C'est comme ça que la Chine a réussi à pénétrer le marché américain de l’acier. Les Chinois sont très intelligents et ils se disent : utilisons nos entreprises du monde entier pour pénétrer le marché américain. C’est une grande question pour le président Trump, parce que ça touche directement une partie de sa base électorale, ceux dont les emplois dépendent des aciéries américaines. Un travailleur de l’industrie de l’acier, qui porte une combinaison, vérifie la température d’un fourneau à métal d’une usine située en Pennsylvanie. Photo : AFP / MICHAEL MATHES YDB - Alors, comment le Mexique devrait-il considérer toutes ces entreprises, chinoises ou sud-américaines, qui se trouvent dans le nord du pays? Elles sont tout près des États-Unis et fabriquent des pneus, des pièces pour les voitures et des appareils électroniques pour exportation. Les investissements chinois dans cette partie du pays ont augmenté ces dernières années… LR - Depuis quelques années, l’American Society of Mexico reçoit la visite d’élus américains très préoccupés par l’influence chinoise au Mexique à travers diverses entreprises. Non, leur présence au Mexique n’est pas aussi grande qu’ailleurs en Amérique latine, mais la Chine a beaucoup d’influence au Mexique grâce à leurs filiales implantées ailleurs. Beaucoup d’investissements chinois ont effectivement été faits dans les chaînes d’approvisionnement, surtout dans le nord du pays. Mais je pense que le Mexique a fait le choix de protéger ses intérêts les plus importants, c'est-à-dire la relation commerciale avec les États-Unis, de loin son plus grand partenaire commercial. YDB - Du point de vue américain, y a-t-il des partenariats économiques précis qui pourraient être conclus avec le Mexique et répondraient à des besoins américains? LR - Bien sûr. Il existe un certain nombre d'opportunités. Le Mexique a la main-d'œuvre que les États-Unis n’ont pas. Dans le monde idéal des politiciens américains, vous déplaceriez toutes les usines du Mexique vers les États-Unis. Mais il y manque plus de 80 000 chauffeurs routiers. C'est énorme! Comment pourriez-vous installer plus d'usines aux États-Unis si vous n'avez pas les chauffeurs routiers pour transporter les produits? Les politiciens américains ne vous le diront pas comme ça, mais le Mexique et les États-Unis sont complémentaires. Vous avez une population américaine vieillissante, qui ne va pas travailler à l’usine. Au Mexique, vous avez beaucoup de jeunes qui veulent travailler pour des usines américaines au Mexique. YDB - En regardant comment le Mexique traite avec l’administration Trump, est-ce que cela vous inspire des conseils pour les dirigeants canadiens, qui font face à des situations semblables? LR - La présidente mexicaine a été très rapide à bâtir une relation positive avec le président américain. Elle offre la collaboration dont le président Trump a besoin. Quant au Canada, je pense qu’il a déjà compris que c’était logique de coopérer avec les États-Unis, d’aider à avancer ses priorités diplomatiques, par exemple. Dans l'avenir, il sera absolument essentiel d'établir une relation très solide entre les trois pays. Lorsque j'entends certains premiers ministres (provinciaux) dire que le Canada devrait signer un accord commercial uniquement avec les États-Unis et exclure le Mexique, cela n'a pas de sens! Ma seule suggestion pour les Canadiens serait que ces premiers ministres comprennent que des suggestions comme celle-ci nuisent à la coopération potentielle entre les États-Unis, le Mexique et le Canada. Cet entretien a été réduit et légèrement édité à des fins de clarté des propos. traduire
les propos du président Trump pour les gens d'affaires mexicains?
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